Intronisation du Roi des Baoulés à Sakassou : le Conseil Supérieur des Baoulés de la Diaspora (CSBD) donne de la voix

Conformément au cérémonial protocolaire de prise de parole chez les Akans en général et les Baoulés en particulier, le Conseil Supérieur des Baoulés de la Diaspora voudrait ici et maintenant s’excuser auprès de quiconque se sentirait offensé par un propos quelconque de la présente déclaration. Notre intention n’est pas d’offenser, mais de participer de façon constructive au débat concernant leRoyaume Baoulé qui nous est cher.

En effet, au cours des deux dernières semaines, les Baoulés de la diaspora, tout comme ceux en Côte d’Ivoire ainsi que les autres ivoiriens en Côte-d’Ivoire et à l’étranger ont appris par la presse et les réseaux sociaux, l’intronisation du Roi des Baoulés et les nombreuses communications quelquefois discordantes qui ont suivies cette intronisation. Au titre des communiqués, déclarations et commentaires, nous avons noté les suivants:

  • Communiqué du Collège des Djèfwouès, le 28 mars 2019, pour la Cour Royale.
  • Déclaration d’un Conseil du Royaume Baoulé piloté par Nanan Koffi Ngoran II, Chef de Canton Faafouè-Gossan (Kouassi-Blékro, Bouaké), le 5 avril 2019
  • Déclaration de Nanan Lucien Kouadio Kouassi, Chef du village central de Oualebo-Sakassou, le 2 avril 2019
  • Déclaration des députés Baoulés (19 députés), le 3 avril 2019
  • Communiqué de l’Association des cadres Baoulé (Abonouan Ampirus), 5 avril 2019
  • Communiqué du Comité scientifique de la Cour Royale,6 avril 2019
  • Communiqué du Doyen Paul Akoto-Yao, Président de l’Association des cadres et ressortissants de Sakassou, 9 avril 2019
  • Autres déclarations, communiqués et commentaires d’autres individus et entités dans les presses et sur les réseaux sociaux.

Face à cette situation qui n’est pas loin de ressembler à une cacophonie ou à une foire dégradante, déshonorante et désolante, il nous incombait d’aller aux nouvelles à la source afin de pouvoir exprimer une opinion et une position conforme à la vérité; une vérité appréciée à l’aune de la tradition, des us et coutumesbaoulé en matière de succession royale. Dans cet esprit, nous nous sommes entretenus avec le Collège des Djèfwouès et plusieurs autres personnes ressources dans différents villages de Sakassou et d’autres régions du pays baoulé. Cette quête d’informations à la source nous permet d’articuler et d’exprimer les positions ci-dessous :

De l’autorité et de la compétence du Collège des Djèfwouès

Toutes les déclarations ci-dessus mentionnées et les informations recueillies à la source confirment des faits établis qui ne souffrent d’aucune ambiguïté :

  1. il existe un organe traditionnel, authentique -- le Collège des Djèfwouès-- qui est chargé de gérer le processus de désignation (au sein de la famille royale) et d’intronisation du Roi des Baoulés conformément aux rites traditionnels sacrés des Baoulés;
  2. le Collège des Djèfwouès détient la compétence exclusive en la matière tout en travaillant avec la famille royale pour le choix du meilleur candidat ;
  3. Le Collège des Djèfwouès s’est effectivement réuni le 28 mars 2019 et a intronisé Nanan Kassi Anvo (en attendant le nom de règne) comme Roi des Baoulé dans le lieu et selon les rites prévus à cet effet, après plusieurs mois de consultations et de préparation antérieures.

Partant de ces faits établis, le Conseil Supérieur des Baoulé de la Diaspora estime que les contestations sur la place publique et dans les médias de ce processus par des personnes et des entités en dehors du Collège des Djèfwouès et des populations de Sakassou ne reposent sur aucun fondement sérieux. Aussi, il convient de souligner que les experts dans le domaine de la succession en pays baoulé ne se trouvent ni à l’ENA, ni à la Sorbonne, ni à Sciences Po, encore moins dans les universités d’Oxford, de Cambridge ou de Harvard. On n’en trouve pas non plus dans les cercles politiques et financiers. Ils sont au sein de nos villagesDjèfwouès à Sakassou.

De la Compétence des Chefs de Canton

Le Conseil Supérieur de Baoulés de la Diaspora a constaté que des Chefs de Canton baoulé regroupés au sein d’un certain Conseil du Royaume Baoulé piloté par Nanan Koffi Ngoran II, Chef de Canton Faafouè-Gossan, non encore installé comme tel, conteste de la façon la plus vive l’intronisation du nouveau Roi des Baoulés. Ce Conseil du Royaume s’évertue à démontrer que ce qui est vrai n’est pas vrai et que ce qui n’est pas vrai est vrai ! Il s’agit là d’un exercice bien difficile, car il n’est pas facile de contrarier la vérité ! Surtout pas pour longtemps. Nous rendons, au passage, un hommage appuyé à nos valeureux Chefs de canton, nos ainés, qui travaillent sans relâche et surtout sans salaire pour notre peuple. Avec tout le respect, toute l’affection et toute la considération que nous avons pour eux, et sans préjuger de la pertinence et de l’utilité de leur fonction et rôle, nous voulons leur rappeler - puisqu’il s’agit de quelque chose qu’ils savent déjà - que le Collège des Djèfwouès est le seul organe qui détient l’autorité et la compétence en matière de gestion du processus de désignation (au sein de la famille royale) et d’intronisation du Roi des Baoulés. Le corps des Chefs de Canton, création et auxiliaire de l’administration coloniale mis en place dans les années 1930 ne devrait et ne saurait se substituer de façon crédible à l’organe authentique que représente le Collège des Djèfwouès. Dans un esprit de fraternité, de solidarité et de collégialité, il serait appréciable que tout regroupement des Chefs de Canton donne, de façon constructive, des avis consultatifs à l’organe qui détient la compétence en la matière, sans chercher à imposer ses points de vue ou à défaire le travail de cet organe compétent qu’est le Collège des Djèfwouès.

Nous profitons de l’occasion pour demander aux Chefs qui dirigentle dit Conseil,de faire preuve de retenue et d’une plus grande sagesse et de ne surtout pas engager l’ensemble de nos cantons dans des combats obscurs aux issues incertaines -- surtout sans avoir recueilli de façon expresse et claire l’avis de chacun de leurs membres -- au risque de jeter le discrédit sur l’ensemble de la corporation des Chefs de Canton.

• De la Compétence d’autres parties

Il nous revient de façon récurrente que des hommes politiques et hauts cadres Baoulé et nonBaoulé ont cherché -- et continuent de le faire – à s’ingérer dans le processus de désignation et d’intronisation du Roi des Baoulés. Ces individus continuent de chercher à défaire le travail des Djèfwouès au profit d’une personne autre que le Roi intronisé conformément à notre tradition. Il n’est pas inutile de rappeler simplement à ces hommes politiques et hauts cadres Baoulés que leurs positions ne leur confèrent pas la qualité de Djèfwouès et qu’ils doivent cesser leurs manœuvres qui ne sauraient prospérer. Ce même message vaut pour certaines autorités politiques et des personnes non-Baoulé qui entretiennent les mêmes manœuvres d’intrusion et de déstabilisation. Puisqu’ils n’ont pas la qualité de Djèfwouès et que cette qualité des Djèfwouès ne se vend pas, est-il besoin de rappeler qu’ils n’ont pas de compétence en la matière ? Le Conseil Supérieur des Baoulés de la Diaspora affirme avec fermeté que la Cour Royale des Baoulés, la dignité et l’âme du peuple Baoulé ne sont pas à vendre, même si nous sommes dans un monde et à une époque de commerce où certaines personnes croient que tout est objet de commerce. Dans un esprit de respect des autres, les Baoulés ne participent pas au processus de désignation et d’intronisation des Rois au sein des autres royaumes de Côte-d’Ivoire.

Il est sans doute utile de souligner avec force que nous apprécions l’intérêt de nos frères et sœurs non-Baoulés pour le pays Baoulé, son peuple et sa culture. Nous apprécions la participation fraternelle de tous à nos activités culturelles et aux célébrations de « Paquinou » en pays baoulé chaque année. Cependant, dans un souci de paix et de fraternité discontinue, nous leur demandons avec respect et courtoisie, mais avec fermeté, de respecter nos coutumes et traditions et ne pas avoir un comportement pouvant mettre à mal le processus de désignation de nos chefs et la cohabitation pacifique entre les différents peuples. Nous comprenons que certains de nos frères Baoulés et non-Baoulés ne connaissent pas les traditions des Baoulés en matière de succession royale. Nous leur saurons gré de bien vouloir prendre attache avec les sachants dans nos villages à Sakassou et dans le pays baoulé dans son ensemble.

 

Conclusion : il est temps de clore les débats inutiles et d’avancer

Le Conseil Supérieur de Baoulé de la Diaspora, sur la base des informations recueilles aux sources appropriées et correctement vérifiées, affirme que les Baoulés, agissant de façon autonome et conformément à leurs traditions ont sélectionné et intronisé un nouveau Roi des Baoulés en la personne de Nanan Kassi Anvo (en attendant son nom de règne) le 28 mars 2019 à la Cour Royale à Sakassou. De ce fait, le CSBD exprime ici sa gratitude à l’endroit de la vaillante population Baoulé pour sa vigilance, à l’endroit de tous ceux qui se sont inscrits dans la voie de la tradition authentique et de la vérité à travers des déclarations, des communiqués et commentaires dans la presse ou sur les réseaux sociaux et continuent de porter le processus à bout de bras. Le CSBD remercie également toutes les autres personnes et entités Baoulé ou non qui ont apporté leur appui au processus. Nous demandons à nos Chefs de canton au sein dudit Conseil de rectifier leur position et de prendre ce train qui est irréversiblement en marche.

Le Conseil Supérieur des Baoulés de la Diaspora demande à tous nos frères et sœurs Baoulés de tous les pays et de toutes les conditions sociales d’apprécier et de saluer l’évènement et de s’engager dans une nouvelle ère qu’il conviendrait de placer sous le signe de la « restauration du Royaume » de tous les Baoulés. Nous invitons fraternellement les uns et les autres à clore les débats inopérants.

Ensemble, osons les combats qui sont essentiels dans les domaines du développement culturel, économique, technologique et industriel afin que notre pays ne reste pas éternellement un pays de production de cabosses de cacao, mais un pays de production de technologie et de produits industriels.

 

Fait à Chicago, le 11 avril 2019.

Pour le Conseil Supérieur des Baoulé de la Diaspora (CSBD),

Dr Michel Nguessan,

Président/Coordonnateur Général du CSBD

Professeur d’Université aux États-Unis

Conseiller Spécial de Nanan Placide Kongo Brou

(Chef du village de Kondrobo-Sakassou, village Djèfwouè)

Ingénieur Informaticien, Génie Logiciel

Ingénieur/Entrepreneur en Génie Frigorifique

Docteur (Ph.D.) en Linguistique

Docteur (Ph.D.) en Informatique

Professeur de Science de l’Information

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