Dossier / Violence dans le transport terrestre: Les points de stationnement, véritables causes

En vue d’éclairer la lanterne des uns et des autres sur le phénomène gnambro qui défraye la chronique depuis le meurtre d’un gendarme à Yopougon, nous avons rencontré Abdoulaye             Sylla, président de la Fédération  nationale des syndicats de chauffeurs de Côte d’Ivoire (Fensci). Rien n’est passé sous tabou. Mais d’abord, il a commencé par présenter ses condoléances à la famille du défunt. «(…) Avant toute intervention,  je m’incline  devant sa dépouille mortelle. Condoléances aussi à grande famille de la gendarmerie nationale, et plus particulièrement au Commandant supérieur de la gendarmerie. Je condamne fermement ce meurtre, et que les auteurs en soient punis », a-t-il indiqué. Poursuivant, il a égrené les causes des violences dans le secteur en ces termes : «(…) Ce sont des situations que je déplore.   Mais, il faut savoir qu’elles proviennent toujours des affrontements entre différents groupes syndicats pour le contrôle des points de stationnement. C’est regrettable. On dénombre déjà trois morts à Abidjan, rien que pour cette année 2019. Le 26 février, il y a eu un mort à Cocody, et le 3 mars, le maire de cette commune a organisé une marche de protestation pour dire :’’Plus jamais ça dans ma commune’’.  Le lundi 10 juin,  il y a eu un mort  au grand carrefour de Koumassi. Le maire a pris un Arrêté  pour fermer cette gare. Le dimanche 25 août 2019, un  gendarme a été tué à Yopougon. C’est trop et ce n’est pas normal », souligne l’orateur. Qui, expliquant le récent cas de Yopougon, a laissé entendre : «(…) Il faut dire que Lavage gare, est situé non loin du 16ème arrondissement. C’est une gare privée qui est louée à plus d’1 million par mois. Elle est dirigée par deux groupes. Le groupe de Romba Daouda dit Alassani, chauffeur professionnel  et celui de Doumbia Dramane, transporteur.  Sur ce site, ce sont des chargements intercommunaux à travers les woro-woro banalisés.  Le groupe de Romba Daouda dit Alassani, y a crée une nouvelle ligne : celle de Yopougon- Angré. Et pour le partage du gain, il a été attaqué par celui de  Doumbia Dramane jusqu’à aller ôter la vie à un gendarme ». Se prononçant sur les gnambros, il a dit ceci : « (…) C’est une appellation qui est issue de la langue malinké qui veut tout simplement dire ‘’ arrange entre mes mains’’, où, ‘’arrange pour moi’’. Mais concrètement, il y en a deux sortes. Les vrais et les faux. Généralement, l’on trouve les vrais à Adjamé (Bracody), Abobo (Grand rond point, ancien Texas). Quant aux faux, ils distillés un peu partout dans tous les carrefours d’Abidjan ».  quant à leur mode de fonctionnement, il répondu que généralement, les vrais sont 4. Lorsqu’un camion gare, un monte et les trois autres appellent les clients. De sorte que ceux-ci aient l’impression qu’il y a des passagers dedans. Progressivement quand vous montez, ils descendent un à un. A la fin du service, le chauffeur donne leur droit qui s’élève à 500F CFA pour chaque véhicule rempli de cette manière. Ici, il est important de savoir que chaque groupe sait quel véhicule il doit charger. Ce sont donc des parkings connus à l’avance. Toutefois, il y a des chauffeurs de mauvaise foi qui donnent entre 200 et 300 F. Alors, les chargeurs  saisissent l’apprenti ou enlèvent un rétroviseur. S’agissant du deuxième groupe, ils sont les plus violents. Comme ci-dessus évoqué, ils sont dans les différents carrefours des dix communes d’Abidjan. Pour trois personnes, ils prennent 100 F. Leur droit de chargement s’élève à 500 F.  Cette frange de la population, il faut le savoir, a un histoire : «(…) C’est autour des années 80 au temps de feu Yaya Fofana, au temps du syndicat unique. Il y avait trop d’agressions, d’insécurité  et de meurtre dans les gares. Pour préserver la vie des honnêtes citoyens, le commissaire du 3ème arrondissement à l’époque, feu Sanogo Aboubacar qui  a même été Préfet de Police d’Abidjan et Daloa,  a rencontré les chefs de gare pour une meilleure organisation. Les choses ont commencé à mieux aller, puisque les agressions avaient diminué. Lorsque la pluralité syndicale a surgi avec l’avènement du multipartisme autour des années 90, chaque responsable  de syndicat est venu avec son équipe, et dès cet instant, une floraison avec tous ses corolaires, s’est observée à tous les niveaux », explique Abdoulaye Sylla. A la question de savoir où va la manne financière recueillie, notre interlocuteur répond sans ambages : «( …) Elle est répartie en trois groupes. Il y a d’abord les transporteurs, c’est-à-dire les anciens propriétaires de véhicules qui n’ont plus rien à faire, mais qui sont dans les gares, deuxièment, les chauffeurs  qui n’ont aucune déclaration à la CNPS. Il y enfin les chargeurs, c’est-à-dire les jeunes gens que les populations appellent aujourd’hui ‘’gnambro’’ ».  Répondant à ceux qui soutiennent souvent que le mouvement syndical  est une mafia, et que du Ministère des Transports,  aux commissaires de police,  en passant par les maires, tous ont leur cota, le président de la plus grande fédération des chauffeurs est clair : «(…) Ce sont  d’inutiles allégations qui n’ont pas leur raison d’être.  Ni le ministre, ni les commissaires de police, encore moins les maires, n’ont rien dans ce que nous gagnons. On ne donne 5 F à personne. Pourquoi l’aurions nous fait sachant que ce sont des salariés. Ce sont des propos qui fauchent et l’on doit arrêter de les dire. Cependant, en 2001, lors de la création de l’Agence de gestion du transport urbain (Agetu), on avait décidé de nous organiser en imprimant un ticket unique des transporteurs et conducteurs. Mais, nous ne sommes pas tombés d’accord  sur la  répartition des pourcentages. Quant aux forces de l’ordre et de sécurité, nous avons de bons rapports avec elles, car, lorsque l’un des nôtres a un problème, on vers ces forces de l’ordre pour plaider. De là à dire qu’on partage nos gains avec elles, c’est faux ».  Sur l’actuelle mesure d’assainissement du Préfet d’Abidjan, il dit ceci : «(…) Nous sommes d’accord avec la mesure du Préfet. Mais le hic, c’est que sur le terrain, il y a une profonde confusion entre les vrais acteurs du transport. Les forces de sécurité mènent des opérations sur nos sites et mettent aux arrêts nos travailleurs, les assimilant ainsi aux gnambros. On reproche aussi et surtout au Préfet de vouloir régler nos problèmes sans nous. Ceux qui sont souvent appelés lors  des débats, sont plutôt nos porte-paroles. Quand vous allez à une rencontre des acteurs du transport terrestre sans votre serviteur que je suis, sans Yacou Diakité, Camara Ousmane du Collectif d’Adjamé, Sanogo Souleymane d’Abobo, Traoré Adama et Soumahoro Raymond de Cocody, Cissé Hamed, Doumbia Kassoum, Romba Daouda dit Alassani, vous n’avez pas fait grande chose ». Toute la population a actuellement le regard tourné vers l’Etat. Peut-il mettre fin au mouvement syndical ? Abdoulaye Sylla, répond sans tressaillir : «(…) Non l’Etat de Côte d’Ivoire ne saurait le faire parce qu’ayant ratifié la Convention n° 87 de l’Organisation internationale du travail qui stipule clairement que les syndicats ne peuvent être dissous par voie administrative. En fait, le mouvement syndical est libre », clarifie-t-il.  A la question de savoir s’il y a une trêve entre les acteurs du transport et le gouvernement qui fait qu’on entende plus parler de grève dans le secteur,  Abdoulaye Sylla soutient :  « (…)Non pas du tout. Il  n’y a aucun accord de trêve entre nous. Il faut tout simplement savoir qu’une grève est la résultante d’un mécontentement. Or, il se trouve que les autorités actuelles nous donnent satisfaction. Rien qu’à cause des travaux d’Hercules effectués au niveau des infrastructures routières. De nombreuses routes ont été réhabilitées, de nombreux ponts construits.  Et puis, avant leur arrivée aux affaires, l’on dénombrait plus d’une trentaine de chauffeurs tués par bavures policières. Tel n’est plus le cas. Les tracasseries routières et autres rackets ont diminué sur les routes. La fluidité est chose effective. A tout cela, il faut aussi ajouter que le coût du carburant n’a pas été trop affecté depuis 2009. Le gas-oil n’a pas dépassé 615 F. Ce sont des efforts à saluer et à reconnaitre ».Toutefois, il estime que tout n’est pas rose dans le meilleur des mondes possibles : « (…) Il ya des zones d’ombres. Par exemple,  il y a manque de gares pour les mini cares. Tous les sites ont été vendus. A Abobo par exemple, depuis que la gare a été fermée, ces lieux n’ont jamais été réaffectés, ce sont maintenant des nids de bandits. A Yopougon, l’ancienne gare a été vendue aux commerçants, à Adjamé, l’on attend toujours la nouvelle la nouvelle gare, dont les travaux ont été lancés le 8 janvier 2013 ». il a fini sur des remerciements à l’Etat, au Président de la République Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara pour tout ce qu’il fait pour le pays. A ces remerciements, il a associé toute l’équipe gou vernementale qui œuvre nuit et jour pour mener à bien tous les projets de développement du pays.

Dossier réalisé par Koné Seydou

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