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Reportage/ Sacrifices, offrandes et mendicité à Abidjan: Au ‘carrefour mendiants de Cocody’ comme si vous y étiez



04-08-2017

Société

amanien.info 230 vus
Abidjan, la capitale économique ivoirienne, en plus de ses points d’animation socioculturelles bien prisés par une frange d’ abidjanais, nous avons ces carrefours au nom particulier : ‘ le carrefour mendiants ’ dans la commune de Cocody, qui attirent les férus d’adoration et autres pratiques sacrificielles . Reportage…

Ce jeudi 20 juillet 2017, il est 7heures 45 minutes. Nous voici à Cocody les II Plateau- Mobile, non loin de la station Oil libya. Déjà à cette heure de la matinée, ça et là des bouchons interminables commencent à se constituer sur les principales artères menant à l’ancien Cocody. Mais aussi, à la commune du Plateau ; le centre des affaires de la capitale économiques ivoirienne. Entre les tours et les immeubles dont les murs ont été rafraichis à la faveur des 8e jeux de la francophonie, nous sommes en face d’ une animation particulière dans la périphérie du jardin public situé aux pieds des tours. Un espace vert mal entretenu dont des pans sont squattés par des commerçants ambulants et des personnes peu ordinaires dont des mères exhibant devant elles, des ‘jumeaux ‘ parfois habillés en blanc ou en tenues identiques. Aussi, une ‘une école de football’ dont les pensionnaires tapent dans le ballon sous l’œil vigilant d’un formateur qui de temps en temps, se met à vociférer sur ses poulains. Tout cela en rajoute à l’animation du coin. Là n’est pas notre centre d’intérêt. Mais les faits et gestes de ces mamans peu ordinaires qui n’hésitent à tendre la main dès qu’une voiture et dans bien de cas des bolides ralentissent. Nous ne sommes pas loin du ‘carrefour mendiants’ de Cocody. Aussi nous prenons alors soin de suivre les faits et gestes de ceux qui fréquentent ce lieu. Pour la plupart des férus de pratiques occultes et d’offrandes. Nous prenons soins de nous informer davantage sur l’attroupement de personnes qui n’hésitent pas à vous tendre la main et leur gamète. Des renseignements pris auprès d’ Ousmane O. aux dents jaunies à force de croquer de colas et un habitué des lieux, nous ne confirment bien que nous sommes au ‘carrefour mendiants’ de Cocody. Ousmane O. tenant le guidon de son vieux taco, nous dira dans un français approximatif : « Chef ici, c’est ‘le carrefour des mendiants’. C’est ici que chaque matin, les grands et les débrouillards d’Abidjan viennent faire leurs dons aux mendiants. Allez y un peu devant, vous les trouverez nombreux devant des femmes qui grillent du gnommi en grande quantité » Mais c’est quoi le Gnommi ? Le quinquagénaire Ousmane nous dira que c’est une tartine confectionnée à base de jus composé de pate de maïs, de riz et du sucre et parfois de mil. Ces tartines délicieuses parfois imbibées d’huile, disons-le en passant, sont très prisées dans certaines communautés du nord de la Côte d’Ivoire, comme offrandes et entrant dans la ration alimentaire durant le mois de jeûne du ramadan au moment de la rupture. Il est huit heures15 minutes. Nous voici de l’autre côté du jardin. Ici, nous prenons à plein poumons la fumée émanant des foyers ardents sur lesquels sont posés les poêles noircis par les résidus d’huile de palme raffinée. En face, une jeune dame à la poitrine aguichante et au postérieur proéminent, s’active avec précision à remplir les creux de son poêle de jus précieux. Au ‘carrefour mendiants’ ce ne sont pas seulement le Gnommi qui est proposé aux éventuels clients, on y trouve aussi du Takoula qui ne sont autres que des boulettes blanches et sucrées à base de pate de riz mouillé qui sont par la suite bouillie. On y trouve ici aussi et surtout des noix colas de toutes les couleurs. Mais pourquoi le Gnommi ou le Tacoula sont-ils tant prisés ou conseillés comme offrandes ? Selon l’imam Touré M. de la Mosquée du Dokoui, « Le Gnommi n’a pas forcement de lien avec la religion musulmane. C’est un met souvent offert pour le repos de l’âme d’un parent décédé ou pour s’éloigner des mauvais sorts. Aussi, durant le mois de jeune du ramadan, le Gnonmi est comme tous les autres mets qui sont offerts aux jeûneurs. Durant ce mois de haute spiritualité, celui qui offre à rompre le jeûne, a les mêmes bénéfices que le jeuneur sans pour autant diminuer les retombées ( baradji) de ce dernier. » Tout comme lui, l’Iman Hamidou Berthé de la Mosquée Al- Istiqamah d’Attecoubé ne dit pas le contraire ( voir encadré 1).

‘Carrefour mendiant’ ou le marché au Gnonmi et de colas de toute sorte

Sur ce site en pleine cœur de la commune la plus chic d’Abidjan, vieux, jeunes et autres débrouillards s’adonnent à cœur joie à leurs offrandes. Au « carrefour mendiants de Cocody », ils viennent s’offrir de quantités gnommi souvent très tôt le matin tous les jours mais avec des piques notamment les jeudis et vendredi matin, en vue d’accomplir et des offrandes. Mais pourquoi ce carrefour a été baptisé « carrefour mendients » ? Nous engageons une conversation avec T. K, la quarantaine bien sonnée, certainement un habitué des lieux qui attend tranquillement son paquet de Gnommi, tout faisant rouler son chapelet soigneusement placé entre ses doigts de la main droite. Donnant l’impression qu’il n’était intéressé par notre causerie, T. K finira par s’y inviter dans notre causerie en nous disant : « Si on vous demande de faire des offrandes de gnommi à offrir à des mendiants, si vous venez ici, à ce carrefour, vous avez la chance non seulement d’avoir du Gnommi en quantité, à offrir à des mendiants aussi bien portant que souffrant de certaines infirmités. D’où l’origine de l’appellation carrefour mendiants. Bien connu de certains gros bonnet de Cocody » Et d’ajouter qu’à ce carrefour, se trouvent aussi des vendeuses de colas. « Ici, on trouve aussi des vendeuses de colas rouge, blanche deux voire trois bouches qui servent aussi à faire des sacrifices demandés » Aussi, des habitués de ces pratiques approchés ne manquent pas de nous dire pourquoi, ils fréquentent ce lieu. T .M, la quarantaine révolue est commerçante de pagnes de son état à Adjamé. Elle ne manque pas de nous faire un témoignage quand elle dit : « Quand je commençais mon commerce de pagnes, je ne faisais pas de bonnes affaires. C’est alors que je suis allé voir une vielle femme qui habitait ‘Abobo derrière rails’. Mais qui n’est plus de ce monde. Elle m’a conseillé de donner en offrande chaque jeudi matin deux cent morceaux de Gnommi à des mendiants qu’on trouve à un carrefour. En retour mes affaires devraient bien marcher. C’est pourquoi je viens ici tous les jeudis. Pour accomplir ce rituel. Mes affaires se portent mieux en tout cas »

Les bonnes affaires pour les friteuses de Gnommi et vendeuses de colas

Au « carrefour mendiants de Cocody », les marchandes de Gnommi font de bonnes affaires avec la vente de leurs galettes, mais aussi de colas. Au nombre de ces braves dames, Zeinab, la vingtaine révolue est originaire du Burkina Faso. Le visage radieux et très préoccupée par la confection de ces fritures, elle nous apprendra que c’est sa mère rentrée désormais au pays à la faveur de la crise post électorale de Novembre 2010, qu’elle a remplacée. Pui, Zeinab lève un coin de voile sur sa recette journalière : « C’est une activité qui rapporte bien. Les jeudis et les vendredis nous faisons de bonnes affaires. Aussi, durant le mois de jeûne du ramadan, les commandes grimpent. Il y des gents qui viennent passer des commandes de 10 à 30 mille Fcfa de Gnommi qu’ils vont déposer dans à des points de rupture collectives notamment dans les mosquées » Mais malgré son côté rentable, le fait d’être exposées à la chaleur émise par les foyers ardents les rends malades. « A force d’être beaucoup exposée au feu, maman a contracté certaines maladies qui l’ont beaucoup fragilisé » dit-elle En effet, une brève explication du Docteur Igore Any Grah, médecin d’entreprise, nous amène à conclure que ces pauvres femmes, très exposées à la chaleur et donc au feu sont souvent frappées par certaines maladie de la peau. Consécutivement au vieillissement précoce des cellules de la peau ( Voir encadré 2)
Bamba Mafoumgbé, bamaf2000@yahoo.fr
Légende photo : Une friteuse de gnommi et au fond une mendiante au ‘carrefour mendiants de Cocody'
Encadré 1 :
Iman Hamidou Berthé de la mosquée Al- Istiqamah d’Attecoubé

« C’est de l’idolâtrie condamnée par l’Islam »

Que ça soit le mil, le sorgo, le haricot qui sont donnés sur conseil de certaines personnes qui demandent d’aller les déposer à des carrefours, sont le fruit d’une divination. C’est de l’idolâtrie que l’islam condamne. Ceux qui conseillent de faire ça, sont sous inspiration satanique(…) Le sacrifice c’est quoi ? Je veux me rapprocher d’Allah en faisant don de quelque chose qui m’est loisible pour que j’aie son agrément dans une situation donnée. En arabe on dit Sadaka. Qui vient de vérité et la sincérité. C'est-à-dire quelque chose qui vient du fond du cœur. Mais quand on se trouve dans une situation et on va voir les marabouts et on nous donne des choses à faire, c’est du charlatanisme.

Nous avons aussi les femmes qui vont s’asseoir avec les jumeaux au coin de rue ?
C’est de la superstition. En Afrique, il se dit que quand tu as des jumeaux, il faut trouver un jour pour sortir avec eux. Cela éloigne d’eux certains mauvais esprits. C’est de la pure tradition.

Pourquoi offrir le Tacoula ou le Gnommi ?

Ce sont des choses que les génies aiment. Il en va de même pour le mil ou les œufs que les gens déposent dans les carrefours. C’est à tord qu’on appelle ça sacrifice mais ce sont des bruits de charlatanisme. Vous constaterez que quelqu’un ne se lève pas de lui-même pour faire ça. Ce sont des recommandations faites dans bien de cas de la part soit d’une vielle femme soit d’une personne qui aurait vu ça en songe. Ce n’est pas islamique !
Ce n’est donc pas un sacrifice ?

Le sacrifice, c’est donner quelque chose à une personne qui pourra s’en servir et par ricochet par ce sacrifice, Allah aussi va répondre à vos besoins. En donnant du gnommi à un nécessiteux, il ne pourra en consommer. Quand il s’agit de poulet ou mouton, lui aussi va revendre ça.

Comment expliquez- vous que des personnes achètent le gnommi en grande quantité et vont l’offrir dans les mosquées et dans certains points de ruptures collectives de jeûne durant le ramadan ?

Le Gnommi est un met, une friandise qui est beaucoup prisée en Afrique pour honorer l’étranger. Telque nos parents le faisait dans la pure tradition pour honorer leurs invités. Quand tu offre ça à quelqu’un à un moment donné pendant les baptêmes ou les mariages, cela prouve tout l’importance que tu accorde à des invités. Ainsi, partant de cette habitude on a prit l’habitude d’offrir par exemple le Gnommi pendant le mois de ramadan. Vous constaterez que c’est pendant ce mois là qu’on trouve beaucoup le Gnommi et après ça se fait rare. Chez le malinké c’est un met qui est non seulement prisé mais c’est comme le gâteau qui est l’aliment le plus prisé pendant les cérémonies de mariage. Ce que nous conseillons, c’est de s’en remettre au Tout puissant Allah. Ou faire un don vers un nécessiteux qui puisse lui être favorable. Ce n’est pas forcement en nature. On peut donner un sac de riz ou de l’argent à quelqu’un qui a du mal à nourrir sa famille et à payer son ordonnance. Le sens d’un sacrifice, c’est de sortir quelqu’un d’un ennui pour qu’en retour, Allah nous vienne en aide. Le sacrifice n’est pas lié à une circonstance ou à une saison
Bamba M.

Encadré 2/ Les maux auxquelles sont exposés les friteuses de Gnommi

Une étude du Centre canadien d’hygiène au travail,( Ccht) indique que « lorsque la température ou l'humidité ambiante s'élève au-dessus de la plage de températures de confort, des problèmes peuvent survenir. Les premiers effets concernent la façon dont on se sent. L'exposition à plus de chaleur peut entraîner des problèmes de santé et affecter le rendement » L'augmentation de la température ou du fardeau thermique peut s'accompagner des effets suivants : Augmentation de l’irritabilité, la perte de concentration, de concentration et la perte de la capacité d'accomplir des tâches mentales. A ces effets, il convient d’ajouter également la perte de la capacité d'accomplir des tâches spécialisées ou des travaux exigeants. « Dans un environnement modérément chaud, le corps se met au travail, pour évacuer l'excédent de chaleur afin de maintenir sa température corporelle normale » peut-on lire dans le document. Le rythme cardiaque augmente afin d'accélérer la circulation sanguine dans les parties externes du corps et la peau de façon à évacuer l'excédent de chaleur dans l'environnement par la transpiration. Ces changements constituent un fardeau supplémentaire pour le corps. Une augmentation du débit sanguin et une transpiration trop abondante réduisent la capacité du travailleur à exécuter des tâches mentales et physiques. Le travail physique augmente la production métabolique de chaleur et, par conséquent, la charge calorifique de l'organisme. Lorsque la température ambiante dépasse les 30 °C, il peut y avoir altération des performances mentales.
B. Mafoumgbé[...]

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