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PHÉNOMÈNE AGROBUSINESS: DU SOCIAL A L’ESCROQUERIE



08-02-2017

Economie

amanien.info 248 vus
Le phénomène d’agrobusiness a commencé timidement entre 2008 et 2009 avec l’entreprise Monheveha.com, filiale du Goupe Agronomix, qui proposait des plantations d’hévéa clé en main à des souscripteurs. Suite à la chute du cours de l’hévéa en 2014, l’entreprise a procédé à une diversification de ses produits agricoles en ajoutant à ses offres, des cultures vivrières et maraîchères devenues aujourd’hui les principaux produits de ce business.
Le succès de Monhevea.com auprès de ces souscripteurs a attiré plusieurs autres entreprises vers ce nouveau business dont Gram’s, Agrizinzt et Agrofinances, portant à vingt et huit(28) le nombre total de promoteurs en 2016. Ces entreprises promettent de réaliser des champs clé en main pour le compte des souscripteurs.
Selon le principe du modèle, les fermes promises par les promoteurs sont créées avec l’argent recueilli auprès des souscripteurs. Elles sont ensuite exploitées jusqu’à la commercialisation de la récolte. L’entreprise partagerait alors avec le client, les plus-values mirobolantes qui en résultent. Le rendement moyen de cet investissement est supérieur à 200%.
A titre d’illustration, pour la création d’un hectare de tomate de l’espèce Sanzana F1, les personnes intéressées versent comme montant de souscription 1,8 million FCFA. Après exactement 6 mois et deux semaines d’exploitation, le client perçoit un revenu de 6,05 millions FCFA, ce qui représente un retour sur investissement de 236% en un semestre.
Ce business qui semble utiliser les méthodes du marché financier, est loin de ressembler à un modèle connu. En effet, aucun produit financier ne peut garantir un résultat aussi important dans les mêmes délais. Sur le marché financier mondial, les taux d’intérêt règlementaires les plus élevés dépassent rarement 10%, quelques soit les garanties qui accompagnent. La dernière opération d’émission des obligations du Trésor Public en 2016 proposait un taux d’intérêt de 6,5%.
Ces deux dernières années, le phénomène a provoqué une ruée des populations vers les entreprises d’agro business. En fin 2016l’on dénombrait plus de 36000 souscripteurs qui ont investi dans 28 sociétés, un montant total de plus de 66 milliards FCFA pour une promesse totale de plus de 660 milliards FCFA.
Au regard de cette situation, le Gouvernement qui se doit de garantir la protection des épargnants, a diligenté en novembre 2016, des enquêtes pour mieux apprécier le fonctionnement de ce système. Le groupe de travail commis à cette tâche par le Ministre de l’Economie et des Finances a produit son rapport en décembre dernier, qui révèle des risques réels pour les souscripteurs de ce business. Vu l’importance des flux financiers en jeu, le Gouvernement a pris des mesures dont la mise sous séquestre des comptes des entreprises concernées. Il a également appelé les populations à plus de vigilance pour tout acte d’investissement et de placement de capital qui s’apparentent à ce modèle.




Selon la loi bancaire de 2009, les opérations de collecte de fonds pour des investissements sont exclusivement réservées aux banques et établissements financiers. A ce titre, ces entreprises doivent initialement se procurer un agrément leur attribuant ce statut spécial.
Nul ne peut, sans avoir préalablement obtenu cet agrément, exercer une activité qui consiste à recevoir des fonds qu’il emploie, pour son propre compte ou pour le compte d'autrui, en opérations de placement, ou toute autre opération.
Par ailleurs le règlement 009/2010/CM/UEMOA relatif aux relations financières extérieures des Etats membres de l’UEMOA dispose que toute transaction financière entre une personne physique ou morale de l’Union et une autre hors de cette zone, doit transiter par la BCEAO. Cependant, des souscriptions sont enregistrées (HORS UEMOA) ainsi que des paiements de RSI, en violation de cette norme régionale.

L’ACTE SALVATEUR DU GOUVERNEMENT
Les mesures entreprises par le Gouvernement font suite aux inquiétudes des autorités sur la nature de ce nouveau business ainsi que la sincérité des promoteurs. Cette offre d’affaire ne correspondait à aucun modèle connu. En effet, ces entreprises qui collectent des fonds colossaux ne sont ni des banques, ni des structures d’intermédiation boursières, encore moins des structures de microfinance.
Aussi, vu le nombre important de souscripteurs (>36.000), la logique voudrait que l’on aperçoive des étendues de champs (de tomates ou autre produits agricoles), à perte de vue, appartenant aux promoteurs. Cela est loin d’être le cas, notamment dans les localités de Bocanda et Didievi ou certaines entreprises soutiennent avoir installé leurs fermes. La production estimées par les promoteurs ne se répercutent ni sur le marché local ni dans les transactions sur les produits agricoles avec l’extérieur.
Les autorités s’interrogent également sur les raisons pour lesquelles ces entreprises ne sollicitent pas directement des établissements financiers (qui ont les moyens d’étudier dans le délai leur modèle économique)pour lever les fonds et préfèrent se tourner vers l’épargne des populations qui n’ont aucun moyen de contrôle et de mesure de risque.
Au demeurant, les sociétés d’agrobusiness n’ont pas été capables de fournir la preuve de l’existence des plantations qu’elles financent et dont les rendements permettent de faire face à leurs obligations vis-à-vis de leurs souscripteurs. Des plantations existent certes mais elles trop insuffisantes pour justifier les rémunérations que les souscripteurs sont censés recevoir.
Aussi, les promoteurs de l’agrobusiness disaient investir dans des cultures comme le piment, qui produirait en six (6) mois, plus de 300% de l’investissement. Cela paraît irréalisable, avec le changement climatique qui affecte les saisons.
Par ailleurs, ce phénomène rappelle le système de placement d’argent qui a défrayé la chronique au milieu des années 2000. Des structures organisées en pseudo cabinets financiers promettaient des retours sur investissement de plus de 200% en invoquant des placements boursiers, notamment en Europe avaient réussi à convaincre des dizaines de milliers d’ivoiriens à leur confier leur épargne.
Ce système s’est écroulé de lui-même avec des dizaines de milliards volatilisés et des familles dans le désarroi, révélant une vaste opération d’escroquerie.
Le Gouvernement voudrait donc par ces mesures, anticiper sur les éventuelles conséquences qui pourraient découler de l’effondrement de l’agro business. Aussi en tant que garant de la sécurité et de la paix sociale des populations, le Gouvernement se doit de mener toute action de lutte contre le blanchiment d’argent qui pourrait être une source de financement du terrorisme.

UNE ENTRAVE A L’ECONOMIE IVOIRIENNE

Lorsque le Gouvernement a pris conscience du danger, il a instruit le Ministre de l’Economie et des Finances à l’effet de prendre toutes les dispositions en vue de sauvegarder les intérêts des souscripteurs.
Les risques auxquels s’exposaient à terme les souscripteurs sont nombreux. Je pourrais citer notamment :
- Le défaut de paiement des mises et des rendements promis avec l’écroulement du système, comme ce fut le cas avec le phénomène des placements d’argent. Ce risque était déjà palpable en 2016, avec le retard des paiements par certaines entreprises.
- L’implication dans une opération d’escroquerie qui compromettrait leurs probités et leurs crédibilités vis-à-vis des banques et autres établissements financiers règlementaires, surtout avec la mise en place des Bureau d’Information sur le Crédit.
Au niveau de la population, certaines familles pourraient voir leur économie se volatiliser dans cette affaire qui n’est pas encore maitrisée par les spécialistes de la finance. Cela pourrait avoir un impact sur leur niveau de vie.
Par ailleurs, l’économie ivoirienne pourrait subir un choc provoqué par l’écroulement de l’agrobusiness. En effet, selon le rapport partiel des investigations diligentées par le Gouvernement, ce sont 60 milliards qui sont investis par les souscripteurs. La perte de ce montant pourrait créer un problème systémique dans l’économie.
A terme, la Cote d’Ivoire pourrait être perçue comme une plaque tournante du blanchiment d’argent et l’agrobusiness comme un moyen de dissimulation de capitaux indument gagné. Or les performances économiques réalisées par la Cote d’ivoire ne saurait s’accomoder de telles pratiques.
Aussi, s’il arrive que la thèse de l’escroquerie se confirme, cela pourrait ternir l’image du pays et dégrader l’environnement des affaires. A l’opposé, si les enquêtes révèlent que le modèle mis en œuvre est viable, nous mettrons tout en œuvre pour garantir la sécurité des épargnants.


AGROBUSINESS : UN PHENOMENE QUI GANGRENE LE SYSTHEME FINANCIER

Au plan financier, l’agrobusiness deviendrait une menace pour les établissements financiers. L’existence des projets agrobusiness faisait des initiateurs de ses projets de redoutables concurrents déloyaux pour la vingtaine de banques commerciales.
Les bénéfices hors norme promis par les sociétés d’agrobusiness, ont suscité des soupçons de la part de l’Etat. Ces soupçons seront certainement confirmés avec le résultat définitif des investigations en cours.
Il faut aussi noter que les structures ont promis à leurs souscripteurs, par des contrats individuels, d’injecter des fonds dans la création de plantations. Certes certaines de ces structures ont des plantations, mais celles-ci sont insuffisantes eu égard au nombre de souscripteurs. Cela révèle que certaines plantations pourraient être virtuelles.
Par ailleurs, les retours sur investissement prévus par les contrats correspondent à un engagement global de 660 milliards de FCFA au 6 janvier 2017 alors que les soldes disponibles sur les comptes bancaires des entreprises d’agro-business s’élèvent à 22 milliards au 10 janvier 2017. Dans un court terme, comme stipulé dans les contrats, le respect de cet engagement s’avère un véritable exploit presque irréalisable.
Tous ces éléments justifient la poursuite des sociétés d’agro business.
Pour l’heure, le Gouvernement attend les résultats définitifs des investigations qu’il a diligentées. Mais, il a tenu à rassurer les souscripteurs, par la voix de son porte-parole, en ces termes : « Les autorités ivoiriennes mettront tout en œuvre pour permettre aux souscripteurs de rentrer, dans la mesure du possible dans leurs fonds et récupérer leur épargne ».


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? Dans la recherche de la paix, de la vraie paix, de la paix juste et durable on ne doit pas h?siter un seul instant, ? recourir, avec obstination au dialogue. ?
Devant le Corps diplomatique, 1er janvier 1970
FELIX HOUPHOUET BOIGNY

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