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Tié Bi Tah Richard, porte parole du Mouvement Gbagbo Ka Fissa: NOUS VIVONS DANS LA PHOTOCOPIE DE LA COTE D’IVOIRE



25-05-2016

Interview

amanien.info 302 vus
En l’absence de son président national Déza Seri Pka Jean Claude, c’est Tié Bi Tah Richard, secrétaire général et porte parole du Mouvement Gbagbo Ka Fissa qui s’est prêté à nos questions. Encadré de Bolet Ange Cécile, première vice-présidente et Soko Trayé Silvain, secrétaire national chargé de l’entreprenariat et des PME-PMI, le porte -parole du mouvement Gbagbo Ka fissa, parle sans détour de l’origine de ce mouvement proche de l’ex-président Gbagbo, sans cacher son aversion pour la gouvernance Ouattara. Entretien

Armand Bledou : Comment est né le mouvement « Gbagbo ka fissa » ?

Tié Bi Tah Richard : Tout part d’une histoire. Il faut dire aujourd’hui que les ivoiriens qui sont considérés comme proches du Président Laurent Gbagbo, il y a trop longtemps ils ont compris la lutte. C’est pour cette raison que nous sommes restés fidèle à Laurent Gbagbo jusqu’à ce qu’il tombe. Nous on a compris la lutte, on sait que Laurent Gbagbo, quand il était au pouvoir, ne faisait pas de différences entre les ivoiriens. Je veux dire par là que Laurent Gbagbo était, pour résumé contre la Françafrique. On doit casser la Françafrique, c’est pourquoi on était avec le Président Laurent Gbagbo. Mais la Françafrique a utilisé une partie des ivoiriens. Et la françafrique a personnalisé la vie politique ivoirienne. Cela a fait que nos parents du Nord n’ont pas trop bien compris. Ils se sont dit : Alassane Ouattara, c’est l’un des notre donc il faut le suivre aveuglement quelque soit la situation. Maintenant, nos parents du nord et tous ceux qui ont voté le Président Ouattara, ils ont pensé qu’on allait vivre de façon extraordinaire, que tout allait tomber du ciel, que la vie allait être très facile. Il pensait que dans les rues même on distribuerait de l’argent gratuitement. Mais quand Ouattara est arrivé, il s’est mis à détruire les acquis, l’œuvre du président Laurent Gbagbo. Ce qui a affecté les ivoiriens mais surtout les partisans du président Ouattara et qui a emmener, dans la commune d’Adjamé, certaines femmes, victimes de la furie du régime Ouattara à ce dire : « GABGBO KA FISSA ». Ce qui signifie Gbagbo est mieux en langue Malinké. Ce sont elles qui ont crées ce concept. Elles ont même entrepris de faire imprimer des tee-shirts et des pagnes à cet effet. Mais les services des renseignements généraux de Ouattara ayant portés la nouvelle jusqu’à lui, ces femmes ont été copieusement bastonnés et leurs gadgets (pagnes et tee-shirts) ont été achetés en masse, brulés et retirés du circuit non sans menacer le fabricant. De plus, on a fait injonction aux parents des ces dames que désormais on ne devrait plus entendre parler de ce concept « Gbagbo ka fissa ». Maintenant, nous avons pris ce problème à bras le corps et nous avons voulu relayer leur mécontentement parce que ce qu’elles dénonçaient, c’étaient des problèmes qui concernent tous les ivoiriens.

AB : En empruntant ce terme « Gbagbo Ka fissa » qui est en malinké, est-ce dans le but de faire adhérer plus de ressortissants du nord à votre cause ?

T.B.T.R : Effectivement, on a réutilisé le même nom pour qu’il y ait plus de rapprochement avec nos parents nordistes. Parce qu’au fond, on n’a rien contre nos parents du nord. Et puis nous, on a une certaine lecture de ce que nous faisons. Nous savons qu’on les a utilisé contre nous pour que Laurent Gbagbo tombe, mais ce n’est pas pour autant que nous leurs en voulons. Ils n’ont pas compris hier mais aujourd’hui, tout le monde a compris et eux et nous-mêmes voulons nous réunir autour du président Laurent Gbagbo.

AB : Le mouvement « Gbagbo ka Fissa » existe depuis plus d’un an déjà, quels sont les objectifs qu’il s’est assigné ?

T.B.T.R : On a créé ce mouvement pour que tous les ivoiriens soit unis, pour que le président Laurent Gbagbo soit libéré. C’est notre objectif premier. Une fois cet objectif atteint, on continuera de soutenir la politique du président Laurent Gbagbo dans ces œuvres démocratiques, c’est notre 2E objectif. Et troisièmement, quand il se sera retiré du jeu politique, on veut pérenniser son œuvre. Ce sont les trois principaux objectifs. Sinon, nous luttons pour la justice sociale, la solidarité sociale, l’avènement d’un Etat de droit…

AB : Le mouvement « Gbagbo ka fissa » compte à ce jour combien de membre sur l’ensemble du territoire national et quelles sont les actions que vous avez déjà menées sur le terrain ?

T.B.T.R : Tu l’as si bien dit, c’est un mouvement naissant. Et nous vivons dans un climat de peur. Aujourd’hui, nous nous sommes dits : S’ils veulent ils n’ont qu’à couper nos têtes. Mais nous avons décidé de nous donner .Tout le monde a gros sur le cœur. Mais en même tant il y en a qui ont peur. Ce qui fait qu’actuellement nous avons des têtes de pont et dans notre bureau politique nous sommes actuellement 34. Mais nous continuons d’approcher les ivoiriens car dans nos statuts et règlements intérieurs nous sommes très élargis. Mais, il faut commencer avec des gens dévoués comme nous. Nous avons aussi engagé le processus de légalisation du mouvement. C’était très difficile parce qu’on te dit si tu as créé un tel mouvement on ne peut pas de recevoir, mais on a foncé à visage découvert et…..

AB : Ne craignez –vous pas des représailles ?

T.B.T.R : mais…… Des représailles ? On vit déjà des représailles, chaque jour nous vivons dans un environnement hostile et ce sont déjà des représailles. On est dans une logique de combat. Ce ne sont pas les camerounais ou les autres qui mèneront ce combat pour nous. Certes, les autres peuvent nous aider, mais ils ne peuvent pas faire ce combat pour nous. Et ce combat que nous menons, ça ne vise même pas les ivoiriens. On en veut pas aux ivoiriens qui nous ont attaqués hier. On s’est entredéchirés certes mais le combat il est ailleurs. La cible c’est la France-Afrique.

AB : On aimerait savoir quels sont les moyens dont vous disposez pour prétendre combattre la France- Afrique ?

T.B.T.R :D'abord nos moyens se sont les hommes. Et puis, au delà de ça je vous ais dit que notre allié naturel c’est le Front Populaire Ivoirien du camarade Aboudramane Sangaré et du président Laurent Gbagbo. Nous avons décidé de nous associer au FPI et de soutenir toutes ses actions. Mais, nous nous sommes un mouvement politique, le front populaire est un parti politique. De nombreux soutiens nous approchent aussi et nous sommes vraiment sollicités. Moi-même en tant que secrétaire général et porte parole je suis constamment sollicité et il m’arrive de passer des nuits blanches. Mais en terme de moyen, notre allier phare reste le FPI.

AB : La Cote d’Ivoire connait selon les rapports nationaux et internationaux, une croissance à 2 chiffres avec une augmentation subséquente du portefeuille individuel par tête d’habitant .On parle aussi d’un fort regain de confiance des partenaires au développement. Quel commentaire en faites-vous ?

T.B.T.R : Nous ne voyons pas cette croissance. On a décrié hier un manque de croissance sous Laurent Gbagbo mais toute la population ivoirienne vivait à son aise. Le panier de la ménagère était très amélioré sous le président Laurent Gbagbo. On nous disait certes qu’il n’y a pas de croissance mais tout le monde vivait bien et le président Gbagbo avait stabilisé la flambée des prix de sorte à minimiser l’inflation. Mais aujourd’hui à quoi assistons- nous ? Même simplement l’électricité….. Le président Laurent avait un pays coupé en deux mais tous les fonctionnaires étaient payés et les ivoiriens mangeaient à leur faim. Mais aujourd’hui la croissance à 2 chiffres elle est où ? S’assurer un repart par jour même est devenu quasi-impossible. Que les autorités passent de cour en cour pour s’apercevoir des conditions de vies des ivoiriens. Cette sorte de croissance-là nous n’en voulons pas. La croissance est faite pour qu’on en bénéficie et nous on ne peut pas en bénéficier. Nous n’en voulons pas. Ce sont là des jeux de mots des gouvernants pour flatter leurs parrains occidentaux. Figurez- vous que nous même avons crée une entreprise en bonne et due forme mais nous sommes confronté à des difficultés de marchés. On te dit : rentre dans notre réseau si tu veux obtenir des marchés. Le rattrapage est arrivé là-bas, il y a trop de gré à gré. Alors que par le passé les choses n’étaient pas ainsi sous Gbagbo. Nous sommes en train de vivre deux mondes : Hier on a vécu en Côte d’Ivoire, aujourd’hui nous vivons dans la photocopie de la Côte d’Ivoire.

AB : Quelles propositions concrètes pouvez-vous faire aux tenants du pouvoir pour désactiver la bombe sociale et booster la réconciliation ?

T.B.T.R : Moi, je parlerais plutôt de la réconciliation nationale d’abord. Vous savez, en son temps, lorsque le président Laurent Gbagbo était encore aux affaires, nous lui avions proposé un plan de réconciliation national. Et je crois que c’est le premier ministre Charles Konan Banny qui était l’obstacle, car bien que le jugeant de qualité, il lui opposait d’abord les audiences foraines. On avait initié la plate forme d’échange entre tous les leaders de jeunesse des partis politique en Côte d’Ivoire. Vous pouvez imaginez, tous les leaders des partis politiques et des mouvements de jeunesse avait été approchés et le projet avait même reçu le prix du meilleur projet de réconciliation de l’ONUCI. Et c’est ce que nous proposons à Alassane Ouattara. Ensuite lui-même ne cesse de ressasser qu’il ne veut pas réconciliation sans justice. Nous ne disons pas non. Mais qu’il essaie d’élargir sa justice aux deux cotés qui étaient en belligérance. Pour nous, pour une vraie réconciliation, il doit peser de tout son poids pour faire venir le président Laurent Gbagbo, pour faire venir le ministre Charles Blé Goudé. Il sait que le président Laurent Gbagbo est écouté par la grande majorité des ivoiriens, il est la clé de la réconciliation nationale. Il lui suffira de dire seulement un mot et l’atmosphère sera décrispée. A lui d’aller vers le président Laurent Gbagbo, il n’y a pas de honte à cela. Nous voulons la paix, et tout les ivoiriens aujourd’hui sont unanime pour dire qu’on a besoin de réconciliation. Mais, c’est la manière que nous recherchons et voilà celle que nous proposons. Que le président Gbagbo revienne, que Charles Blé Goudé revienne et qu’ensemble on essaie de pleurer nos différents morts par des veillées nationales en hommage à nos différents morts qu’ils soient partisans du PDCI, du RDR, ou de LMP. Ensuite, on signe un nouveau pacte social…. Aujourd’hui, la justice est aux ordres. On a le sentiment que l’Assemblée Nationale, la Justice, La primature, La presse, l’Armée…. travaillent tous pour le président Alassane Ouattara alors qu’ils devraient rendre compte au peuple ivoirien…

AB : A vous entendre il n’y aurait rien de positif à tirer de la gouvernance du président Alassane Ouattara ?

T.B.T.R : Bon, nous pensons qu’il ne fournit pas suffisamment d’efforts, ou du moins on ne le voit pas. On pense qu’il ne fournit pas suffisamment d’efforts pour aller à la réconciliation. On peut aujourd’hui accorder la liberté provisoire à certains détenus politiques, libérer les Michel Gbagbo et autres. On peut même prendre des décrets pour accorder la liberté aux prisonniers politiques avec interdictions de sortir du pays pour nécessité d’enquête. Tout ça pourrait détendre l’atmosphère. On saura alors que le président fourni des efforts et à partir de ce moment on pourra se rapprocher dans la logique de réconciliation.

AB : L’actualité c’est aussi les futures élections municipales et régionales, mais aussi la révision de notre loi fondamentale avec en prime la modification de l’article 35 jugé confligène. Quelle est votre position par rapport à tout ça ?

T.B.T.R : Pour les élections, nous nous remettons à la position du Front Populaire Ivoirien dirigé par le camarade Aboudramane Sangaré. Nous, nous sommes un mouvement politique et nous soutenons notre allié. Et donc on n’a pas de candidat et on n’a pas créé le mouvement pour aller aux élections mais plutôt pour que le président Laurent Gbagbo sorte de prison. Donc, nous attendons la position du Front Populaire Ivoirien et nous nous alignerons sur son choix. Quand à la révision de la constitution, nous estimons qu’elle n’est pas encore à l’ordre du jour parce que les mêmes choses risquent de se répéter. Avec les élections justes à venir, ça sera encore boycotté et c’est toujours comme ça. Or, la constitution est notre loi fondamentale, si elle est changée sans notre accord massif, je pense que demain, quand Ouattara même ne sera plus au pouvoir, ce sera un chiffon et on reprendra tout à zéro. Donc, nous pensons qu’il faut d’abord aller à la réconciliation, et une foi tout le monde présent, envisager la révision de la constitution.

AB : Quel adresse à tous ces ivoiriens qui sont friands de vos idéaux mais surtout à ceux des ivoiriens qui rechignent encore à rallier la cause du mouvement « Gbagbo ka fissa » ?

T.B.T.R : Aux dernières cités, nous pouvons dire que nous vivons dans une période extrêmement difficile. S’ils n’associent pas leurs voix à ce combat, toute l’œuvre du président Laurent Gbagbo sera un fiasco. Nous les encourageons, nous les invitons à vaincre la peur et à nous rejoindre, nous avons besoin d’eux, le président Laurent Gbagbo a besoin d’eux pour que la Côte d’Ivoire puisse retrouver son autonomie. C’est ce que nous recherchons. Et , je lance cet appel à tout les ivoiriens. Il y a des ivoiriens qui ont mal de voir leurs frères à la Haye. Ils sont au PDCI, ils sont au RDR, au FPI, ils sont dans les autres partis politiques. Ils sont contre le fait que le président Laurent Gbagbo soit à la Haye. Il y a des compagnons du président Laurent Gbagbo avec lesquels il a travaillé. Mais aujourd’hui, pour des convictions politiques ils sont fâchés avec le FPI. C’est le moment de s’unir pour le retour de l’enfant du pays. On nous verra peut être demain avec l’honorable KKB, qui a par exemple publiquement pris cause pour Gbagbo, ça ne voudra pas dire que nous avons trahi. On pourra peut être approché la ministre Danielle Boni Claverie ou le ministre Mel Eg Théodore… L’essentiel pour nous c’est de réunir toutes les forces et les intelligences. Et, nous voulons avec ses l’aide de ces personnes ressources, former un grand réseau autour du président Gbagbo pour sa libération.

Interview réalisée par Armand Bledou

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